Pierre Rabhi

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Jeudi 13 mars 2014

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Juin 2010

Interview

Débarrassons-nous surtout de la bêtise collective !

Pierre Rabhi, agriculture bio, tisseur de liens, écrivain

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Il y a à l’œuvre dans le cosmos, une intelligence universelle. Notre rôle est de la percevoir, de la révéler, pas d’en être la source. Elle est dans la graine, insignifiante, sans cerveau et contenant pourtant un programme incroyable. Elle est dans la plante, capable, en conditions extrêmes, d’abréger sa croissance pour hâter sa reproduction. Nous, humains, croyons posséder un cerveau individuel, alors que celui-ci n’est rien s’il n’est alimenté par le collectif, comme le montre l’histoire de l’enfant sauvage, isolé des siens, qui marche à quatre pattes. Et nous transposons cette coupure à grande échelle, nous prétendant d’un ordre étranger aux autres, enclave à part dans la nature.

L’urbanisation, le hors-sol appliqué à l’humain, les prodiges techniques employés sans lucidité, l’intelligence réduite aux diplômes, l’idée que l’antagonisme est la seule dynamique de vie, tout cela fait perdre la capacité à se brancher sur l’intelligence universelle. Et ne résout pas vraiment notre angoisse primale, fondamentale, d’humains se sachant faibles et mortels. Pour nous rassurer, nous avons maîtrisé le feu, inventé cultes au soleil, rituels, religions et aujourd’hui, bombes atomiques, assurances et sécurité à tout prix. Mais la vie est une aventure, un chemin initiatique qui n’a d’intérêt que si l’on en surmonte les difficultés !

On le sait, sortir de la bêtise collective actuelle passe par un travail individuel autant que collectif. L’individu rencontre la nécessité de « se libérer du connu », comme disait Krishnamurti. Comment émerger à ma propre conscience si je ne suis libéré de la conscience collective ? L’évolution d’un être passe par un affranchissement le plus large possible de ce qui l’a déterminé, afin de déterminer lui-même sa vie. Cette transition - initiatique - lui permet de ne plus se sentir comme défini par son appartenance à quelque chose, mais comme une conscience reliée au tout. Résoudre ses conflits, peurs et angoisses, atteindre l’apaisement, l’acceptation, faire de soi-même son propre chef-d’œuvre, autant de libérations qui, par les comportements qu’elles induisent, contribuent à la libération de tous, sans intention pédagogique ni prosélytisme.

Quand l’action collective reflète de telles consciences en marche, elle conduit forcément à raccorder l’humanité à l’intelligence universelle, donc à la planète. L’écologie, en ce sens, n’est pas un catalogue de solutions techniques - même si ces solutions sont à appliquer d’urgence, surtout dans l’agriculture et en Afrique. De même, le vrai intérêt des monnaies locales n’est pas le troc, mais le lien social ! L’écologie implique mon esprit, mon émotion, mes sens, tout ce qui fait de moi un mammifère doté d’entendement, capable de s’enchanter devant la beauté, accédant au sacré. Nul n’a envie de nuire à ce qui l’enchante. Porter l’intelligence universelle, pour la conscience collective, c’est retrouver la dimension sacrée des choses. Les religions qui croient en un Dieu créateur devraient être en tête sur le front !